jeudi 28 mai 2026

Pillage - Saqueo - Plunder

Très peu d’économistes reconnaîtront que l’objet de leur pseudo-science, ce que l’on désigne généralement comme l’Économie politique, c’est à dire la dynamique structurelle du capitalisme, est basée prioritairement sur le pillage et la rapine à grande échelle. Pirates et flibustiers ne furent jamais à coté que de simples amateurs, voulant prendre exemple sur les pratiques que mettaient en œuvre les puissances commerciales et étatiques. Probablement avec plus de générosité et moins de sauvagerie. Ce qui leur était reproché, c’est juste de vouloir « travailler » en indépendants, de ne pas vouloir se soumettre à ces puissances constituées. Ceux qui s’y résolurent firent d’ailleurs une belle carrière dans le système (voir sur ces sujets Michel Le Bris « D’or, de rêves et de sang »).

Le Capital se constituant travailla pour sa part sur une toute autre dimension et rien ne le rebuta en ses logiques d’accaparement : génocides massifs dans les Amériques, mise en esclavage des survivants, importation d’esclaves arrachés à l’Afrique quand les populations locales venaient à manquer. Tout cela au nom du dieu Profit et le plus souvent avec la bénédiction des religions diverses et de la morale bourgeoise. Les livres de Eduardo Galeano, entre autres, sont très illustratifs sur ces sujets (voir par exemple « Les veines ouvertes de l’Amérique latine »). Et il en fut de même un peu partout, en Afrique, en Asie, sur tous les territoires mis sous tutelle par le capitalisme du XVIe au XIXe siècle.

Remarquons que la mémoire historique officielle reste en grande part étrangement défaillante sur ces sujets, les héritiers contemporains du capitalisme n’aimant pas trop se pencher sur sa généalogie.

D’autant que continue à prédominer idéologiquement le mythe d’un naturalisme du Capital, associé à une notion de progrès. Le fait que les principes du Capitalisme se soient constamment instaurés sous la contrainte et par la violence démentant fâcheusement le naturalisme de cette Mégamachine aveugle à tout ce qui ne va pas dans le sens de sa croissance propre.

Toutefois, et comme toute organisation criminelle, le capitalisme s’est toujours efforcé, tout au moins dans ses centres vitaux, de limiter la visibilité de ses aspects par trop négatifs. Sa stratégie principale en ce but a donc toujours été, autant que possible, de situer ses méfaits sans nombre et leurs conséquences, que ce soit au niveau de la biosphère ou des populations, au loin.

Le colonialisme, cette mise sous-coupe rase des territoires concernés (ce que l’on désigna en un temps sous l’appellation de «tiers-monde»), étant passé de mode avec la mondialisation du système, la pressurisation de cet au loin a changé de figure apparente avec la mise en place d’un néo-colonialisme plus subtil. S’appuyant sur la collaboration de régimes autoritaires corrompus de type nationaliste, le pillage des ressources et l’exploitation des populations autochtones continuent ainsi à plein régime. Ce à quoi se rajoute l’externalisation des pollutions les plus désastreuses et la destruction de territoires toujours plus vastes. On remarquera aussi que cet « au loin », cette périphérie du monde capitaliste, du fait de l’ampleur des destructions subies à tous les niveaux, ne fait que s’étendre, et donc se rapprocher. Ce pillage effréné des territoires périphériques, avec leurs lots croissants d’affrontement concurrentiels et sans pitié cherchant à s’approprier les ressources, jette sur les routes quantité de populations dépossédées de leur terre et des moyens de leur survie et désespérément contraintes à chercher refuge ailleurs. C’est pourtant l’essentiel des technologies contemporaines du capitalisme qui s’appuient sur ces dépossessions et cette piraterie. Le consommateur dépendant de la Mégamachine du capitalisme se pose rarement la question de savoir à partir de quelles ressources, dans quelles conditions et par qui ont été produites les technologies qui occupent son quotidien et qu’il voit comme des facilités.

Il est pourtant par cela très proche du fétichisme de ces mélanésiens qui au début du XXe siècle ont développé le Culte du Cargo. Voyant arriver par la mer et par les airs, et à l’usage exclusif des colonisateurs qui ne produisaient rien pour leur part, des flux de marchandises d’une provenance inimaginable, ils y virent les effets d’une magie particulière qu’ils s’efforcèrent d’imiter sous forme de rituels consacrés à cet effet.

Le consommateur contemporain veut lui croire que la technologie qui lui est offerte au comptant ou à crédit n’est que le produit d’une inventivité qui lui est désignée comme le progrès. Il est là très loin du compte et en occultant les circonstances réelles permettant la production des artefacts technologiques, il se livre corps et âme au système organisationnel qui est en train de détruire notre planète et le devenir même de l’humanité. En cela, il n’est pas très éloigné de ces mélanésiens d’il y a un siècle qui voulaient croire en la magie et en l’intervention du ciel pour résoudre leurs problèmes et qui virent ensuite leur monde s’écrouler.

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Muy pocos economistas reconocerán que su pseudociencia, lo que generalmente se denomina Economía política, es decir, la dinámica estructural del capitalismo, se basa principalmente en el saqueo y la rapiña a gran escala. Los piratas y los filibusteros no fueron más que simples aficionados que querían imitar las prácticas que llevaban a cabo las potencias comerciales y estatales. Probablemente con más generosidad y menos salvajismo. Lo que se les reprochaba era simplemente querer «trabajar» por cuenta propia, no querer someterse a esas potencias establecidas. Quienes se decidieron a ello hicieron, por cierto, una brillante carrera en el sistema (véase sobre estos temas a Michel Le Bris, «D’or, de rêves et de sang»).

El Capital, al constituirse, trabajó por su parte en una dimensión totalmente diferente y nada le disuadió de su lógica de acaparamiento: genocidios masivos en las Américas, esclavitud de los supervivientes, importación de esclavos arrancados de África cuando escaseaban las poblaciones locales. Todo ello en nombre del dios Beneficio y, en la mayoría de los casos, con la bendición de diversas religiones y de la moral burguesa. Los libros de Eduardo Galeano, entre otros, son muy ilustrativos sobre estos temas (véase, por ejemplo, «Las venas abiertas de América Latina»). Y lo mismo ocurrió un poco por todas partes, en África, en Asia, en todos los territorios sometidos al capitalismo entre los siglos XVI y XIX.

Cabe señalar que la memoria histórica oficial sigue siendo, en gran medida, extrañamente deficiente en estos temas, ya que a los herederos contemporáneos del capitalismo no les gusta demasiado indagar en su genealogía.

Sobre todo porque sigue predominando ideológicamente el mito de un naturalismo del Capital, asociado a una noción de progreso. El hecho de que los principios del capitalismo se hayan impuesto constantemente mediante la coacción y la violencia desmiente de manera molesta el naturalismo de esta megamáquina, ciega ante todo lo que no va en la dirección de su propio crecimiento.

Sin embargo, y como toda organización criminal, el capitalismo siempre se ha esforzado, al menos en sus centros vitales, por limitar la visibilidad de sus aspectos demasiado negativos. Su estrategia principal con este fin ha sido, por tanto, en la medida de lo posible, situar sus innumerables fechorías y sus consecuencias, ya sea a nivel de la biosfera o de las poblaciones, en la lejanía.

El colonialismo, esa subyugación total de los territorios afectados (lo que en su momento se denominó «Tercer Mundo»), al haber pasado de moda con la globalización del sistema, la presión sobre ese «lejos» ha cambiado de apariencia con la instauración de un neocolonialismo más sutil. Apoyándose en la colaboración de regímenes autoritarios y corruptos de tipo nacionalista, el saqueo de los recursos y la explotación de las poblaciones autóctonas continúan así a pleno rendimiento. A lo que se suma la externalización de las contaminaciones más desastrosas y la destrucción de territorios cada vez más vastos. Cabe señalar también que ese «lejos», esa periferia del mundo capitalista, debido a la magnitud de las destrucciones sufridas a todos los niveles, no hace más que extenderse y, por lo tanto, acercarse.

Este saqueo desenfrenado de los territorios periféricos, con su creciente número de enfrentamientos competitivos y despiadados que buscan apropiarse de los recursos, arroja a las carreteras a multitud de poblaciones desposeídas de su tierra y de los medios para su supervivencia, y desesperadamente obligadas a buscar refugio en otros lugares. Sin embargo, es precisamente la mayor parte de las tecnologías contemporáneas del capitalismo las que se basan en estas desposesiones y en esta piratería. El consumidor dependiente de la megamáquina del capitalismo rara vez se pregunta a partir de qué recursos, en qué condiciones y por quién se han producido las tecnologías que ocupan su vida cotidiana y que él ve como facilidades.

Sin embargo, en esto se acerca mucho al fetichismo de aquellos melanesios que, a principios del siglo XX, desarrollaron el Culto del Cargo. Al ver llegar por mar y por aire, y para uso exclusivo de los colonizadores que por su parte no producían nada, flujos de mercancías de procedencia inimaginable, vieron en ello los efectos de una magia particular que se esforzaron por imitar en forma de rituales dedicados a tal fin.

El consumidor contemporáneo quiere creer que la tecnología que se le ofrece al contado o a crédito no es más que el producto de una inventiva que se le presenta como progreso. Está muy lejos de la realidad y, al ocultar las circunstancias reales que permiten la producción de los artefactos tecnológicos, se entrega en cuerpo y alma al sistema organizativo que está destruyendo nuestro planeta y el propio futuro de la humanidad. En esto, no está muy lejos de aquellos melanesios de hace un siglo que querían creer en la magia y en la intervención del cielo para resolver sus problemas y que luego vieron cómo se derrumbaba su mundo.

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Very few economists will admit that their pseudo-science—what is generally referred to as political economy, that is, the structural dynamics of capitalism—is primarily based on large-scale plunder and rapine. Pirates and buccaneers were, by comparison, mere amateurs, seeking to emulate the practices employed by commercial and state powers. Probably with more generosity and less savagery. What they were criticized for was simply wanting to “work” independently, refusing to submit to these established powers. Those who did submit, moreover, went on to have successful careers within the system (see Michel Le Bris’s *D’or, de rêves et de sang* on these topics).

Capital, as it took shape, operated on an entirely different level, and nothing deterred it from its logic of exploitation: mass genocides in the Americas, the enslavement of survivors, and the importation of slaves torn from Africa when local populations ran out. All this in the name of the god Profit and, more often than not, with the blessing of various religions and bourgeois morality. The books of Eduardo Galeano, among others, are highly illustrative on these subjects (see, for example, *Open Veins of Latin America*). And the same was true almost everywhere—in Africa, in Asia, in all the territories brought under the control of capitalism from the 16th to the 19th century.

It is worth noting that official historical memory remains, for the most part, strangely lacking on these subjects, as the contemporary heirs of capitalism are not particularly keen to delve into its genealogy.

Especially since the myth of Capital’s naturalism, associated with a notion of progress, continues to dominate ideologically. The fact that the principles of Capitalism have consistently been imposed through coercion and violence unfortunately belies the naturalism of this Megamachine, which is blind to anything that does not serve its own growth.

However, and like any criminal organization, capitalism has always strived, at least in its vital centers, to limit the visibility of its overly negative aspects. Its main strategy to this end has therefore always been, as much as possible, to situate its countless misdeeds and their consequences—whether at the level of the biosphere or of populations—far away.

Colonialism—that wholesale subjugation of the territories in question (what was once referred to as the “Third World”)—having fallen out of fashion with the globalization of the system, the pressure exerted on this “far away” has taken on a new form with the establishment of a more subtle neo-colonialism. Relying on the collaboration of corrupt, nationalist-style authoritarian regimes, the plundering of resources and the exploitation of indigenous populations thus continue unabated. Added to this is the outsourcing of the most disastrous forms of pollution and the destruction of ever-larger territories.

It is also worth noting that this “far away,” this periphery of the capitalist world, due to the scale of the destruction suffered at every level, is only expanding—and thus drawing closer. This unbridled plundering of peripheral territories, with its growing share of ruthless, competitive clashes over the appropriation of resources, drives vast numbers of people onto the roads—deprived of their land and the means of their survival, and desperately forced to seek refuge elsewhere. Yet it is the very essence of contemporary capitalist technologies that relies on this dispossession and piracy. The consumer dependent on the Megamachine of capitalism rarely asks himself from which resources, under what conditions, and by whom the technologies that occupy his daily life—and which he views as conveniences—were produced.

In this respect, however, they are very close to the fetishism of those Melanesians who, at the beginning of the 20th century, developed the Cargo Cult. Seeing streams of goods from unimaginable origins arriving by sea and air—and intended exclusively for the colonizers, who produced nothing themselves—they perceived them as the effects of a special magic that they sought to imitate through rituals dedicated to that end.

The contemporary consumer, for his part, wants to believe that the technology offered to him for cash or on credit is merely the product of an inventiveness presented to him as progress. He is far off the mark, and by obscuring the real circumstances that enable the production of technological artifacts, he surrenders himself body and soul to the organizational system that is in the process of destroying our planet and the very future of humanity. In this respect, they are not very different from those Melanesians of a century ago who wanted to believe in magic and divine intervention to solve their problems, and who then saw their world collapse.


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