vendredi 31 juillet 2026

Raoul Vaneigem (1934-2026)


  

    

EN MÉMOIRE DE RAOUL VANEIGEM (1934-2026)


Extraits de son livre Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande


Il est vain d’attendre de l’arrogance de l’État et de la cupidité des multinationales qu’elles tolèrent notre résolution de fonder et de propager des collectifs hostiles à toute forme de pouvoir — à commencer par la prédation des ressources naturelles. Mais qu’il soit tout aussi évident de notre part que nous n’avons nullement l’intention de tolérer leur répression bottée, casquée, épaulée par la veulerie journalistique. Nous n’allons pas nous incliner devant la désertification programmée de ce qui vit en nous et autour de nous.

La vie est notre seule revendication. Nous refusons sa version rapetissée, amputée, sacrifiée. Nous la voulons souveraine. Nous la voulons créant et recréant sans cesse notre existence et notre environnement. Elle est pour nous le ferment d’une société où l’harmonisation des désirs individuels et collectifs soit le fruit d’une expérience passionnelle. Pour mener plus avant une telle entreprise, nous n’avons d’autres armes que la vie elle-même.

Les hordes du profit, les drogués de l’argent fou, les pantins mécaniques qui n’ont d’intelligence que celle des engrenages, tels sont nos vrais ennemis. Les guerres mafieuses dont ils se déchirent entre eux ne sont pas les nôtres, ne nous concernent pas.

Ils connaissent tout de la mort car c’est la seule chose qu’ils savent donner. Ils ignorent tout des richesses que la vie dispense à qui sait les recueillir. C’est un territoire inconnu pour eux que la créativité et l’imagination dont chaque enfant, chaque femme, chaque homme dispose quand il est à l’écoute de sa volonté de vivre.

Le fonctionnel tue. La poésie est une renaissance perpétuelle.

Ce qui fait la puissance répressive de l’État tient moins à sa flicaille qu’à l’État qui est en nous, l’État intériorisé, qui nous matraque de sa peur, de sa culpabilité, de sa désespérance astucieusement programmée.

Cultiver les jardins de la vie terrestre (il n’y en a pas d’autres), c’est inventer des territoires qui, n’offrant aucune prise à l’ennemi — ni appropriation, ni pouvoir, ni représentation — nous rend insaisissables. Non pas invincibles mais inaliénables, à l’instar de la vie que sa perpétuelle renaissance délivre de son joug ancestral. Aucune destruction ne viendra à bout d’une expérience que nous sommes déterminés à recommencer sans trêve.

L’être humain possède en lui, dès l’enfance, un génie ludique. C’est ce génie que ranime la lutte pour la vie : la poésie qu’elle insuffle lui restitue l’énergie que lui ôtait les absurdes luttes compétitives de la survie et du travail. Ne vous étonnez pas que de ses infimes étincelles s’embrase un monde qui aspire aux illuminations de la joie, dont on l’a spolié.


mardi 14 juillet 2026

14 juillet

 

Une émeute qui dégénérerait en sédition est devenue moralement impossible. La surveillance de la police, les régiments casernés et tout prêts à marcher, la Maison du roi, les villes de guerre dont Paris est environné, sans compter un nombre immense d’hommes attachés aux intérêts de la cour, tout semble propre à réprimer à jamais l’apparence d’un soulèvement sérieux.

C’est pour conclure son ouvrage, le «Tableau de Paris», en 1788, que Sébastien Mercier tint ce propos. D’autres observateurs, pourtant d’un genre plutôt éveillé, tel Vittorio Alfieri visitant alors la France, par exemple, tinrent des propos assez similaires à la même époque : toute révolution semblait être devenue impossible. Le peuple était à genou, abruti et vaincu à tout jamais, et ne pourrait plus se réveiller.

Le 14 juillet 1789 apporta pourtant un furieux démenti à ces sombres prophéties. L’histoire réelle fit alors son retour et elle le refera encore et encore pour le plus grand déplaisir des tenants de tout bord de la domination – à ceux qui cherchent à enlever toute signification à cette date particulière tout en prétendant la célébrer.

Ah ça ira, ça ira !

14 juillet