lundi 24 février 2014

Naissance de la Société du spectacle



Le moment clé, à mon avis, est celui où la logique marchande (le capitalisme) s'empare de l'image pour prendre le pouvoir sur la psyché humaine; moment que, pour être concret, j'associe à l'apparition du cinéma parlant,  vers 1929-1930. 
Pour devenir agissante, l'image devait sciemment être "orientée" et ne plus être laissée ouverte aux libres associations de l'imaginaire. C'est là que nait le "spectateur", celui à qui désormais l'on va dire à quoi il doit ressembler, comment il doit orienter ses désirs,  celui pour qui sera prédéterminée sa vision du "bien" et du "mal". Celui qui désormais n'aura plus que l'illusion d'un choix qui, en réalité, aura déjà été fait à sa place.
Le spectacle n'étant après tout que la forme globale d'un substitut à la religion; religion qui a pour elle l'avantage majeur d'être pour l'essentiel  "inconsciente" et sans relation immédiate à son dogme qui n'est autre que l’Économie politique.
 Pour le dire brutalement, c'est l’essentiel de la liberté effective qui a été liquidée là.

Ludwig Hohl

" Chemin de nuit"

Ludwig Hohl (1904-1980), auteur de langue allemande né en Suisse est quasiment un inconnu en France. Il faut dire qu'il semble s'être fort peu préoccupé de notoriété, écrivant si l'on peut dire, pour lui-même. Sa découverte pour moi, avec ce livre, est donc la conséquence d'un pur hasard; de ce genre de hasard que seule la fréquentation de ces lieux étranges, en voie de disparition rapide, que sont les librairies spécialisées avec passionnés aux commandes, permet, à la base.
Hohl est un inclassable : je ne saurais même vous dire de quoi parle exactement cet ouvrage, cet ensemble de nouvelles disparates aux pouvoirs évocateurs proprement sidérants, écrites entre 1931 et 1938.
Toujours est-il que cela parle et fort à une part mystérieuse de notre être. D'une manière dont la substance, quelque peu vénéneuse, se retrouve assez bien en cette formulation abrupte, extraite de ce livre : "Prendre la lumière à même la nuit."


 Voir : http://www.rts.ch/archives/tv/culture/voix-au-chapitre/3468547-ludwig-hohl.html

samedi 22 février 2014

Carnet de citations -Humour 1







« Quand je n'aurai plus qu'une paire de fesses pour penser, j'irai l'asseoir à l'Académie. » (Bernanos)

« Le désir est l'unique charlatanerie à laquelle je souhaite quelque permanence. » (Serner)

« Il n'y a rien à faire. Vous pouvez compter sur moi. Je m'en charge. » (Jacques Rigaut)

« Une autre fois, un ambitieux qui croyait l'humilier par le spectacle de son équipage gagné au Ts'in se serait attiré cette répartie :
Le roi de Ts'in a l'habitude d'offrir un char au médecin qui lui a crevé un abcès et cinq à celui qui lui a léché les hémorroïdes. Plus c'est bas mieux c'est rétribué ! Que lui as-tu donc sucé pour te pavaner dans un train pareil ? » (Jean Levi)

« Certains partagent mes points de vue avec moi. Mais moi, pas avec eux. » (Kraus)

« L'été de 1879, hâtons-nous de l'ajouter, restera légendaire dans l'histoire de la consommation du jambonneau et du veau froid. » (Allais)

« Je suis devenu prudent. Alors qu'une fois j'expulsais un adorateur, il voulut me dénoncer pour entrave à la liberté de culte. » (Kraus)

« Au cours du languide printemps de 1702, l'illustre seigneur de la Tour de Ako eut à recevoir et à traiter avec magnificence un envoyé impérial. Vingt-trois mille ans de courtoisie (dont certains mythologiques) avaient compliqué d'angoissante façon le cérémonial de bienvenue. » (Borges)

Transfert



Comprendre l’autre nécessite une certaine capacité de recul par rapport à soi-même pour pouvoir s’ouvrir à ce qui précisément n’est pas nous, à la différence.
Or ce à quoi nous assistons avec le transfert est fort exactement l’inverse ; ce sont nos problématiques personnelles que nous projetons sur l’autre, dans une tentative immature de se saisir de sa réalité.
Cette projection de notre univers subjectif sur ce qui par nature est la différence ne peut avoir qu’un effet de déformation sur le sens de cette différence, la rendant par la même incompréhensible.