samedi 17 septembre 2016
Villains of All Nations (Pirates de tous les pays)
Une étude très bien documentée sur ce que furent réellement les pirates et ce qu'ils représentèrent. L'ouvrage se concentre principalement sur le premier quart du dix-huitième siècle et la région des Caraïbes ainsi que sur la côte ouest de l'Afrique. Sont exposés tout aussi bien la vie à bord des navires que le contexte historique et les enjeux politiques; éléments de compréhension essentiels si l'on veut aller au-delà du folklore et des clichés.
Quand on sait l'importance que prit l'esclavage en ces moments fondateurs du capitalisme moderne, on comprend la colère de ces honnêtes commerçants de l’establishment, frustrés dans leurs espoirs de gras bénéfices tirés du trafique d'êtres humains.
mercredi 10 août 2016
La conquête des libertés
(Extraits
choisis de "L’ART GREC" de Kostas Papaioannou)
L’Etat
ou l’anarchie, le despotisme ou l’esclavage, la force surhumaine qui entraînera
la masse à l’action ou à une vie végétative, insignifiante : pendant des
millénaires, l’homme a vécu prisonnier de cette alternative et des ambivalences
« sado-masochistes » qui l’accompagnent.
La
fête orgiastique remplit un rôle précis et salutaire dans l’économie profonde
de la société. Elle brise les barrages entre les individus, les familles, les
classes, la société et la nature. Le déchaînement de la licence, la violation
de toutes les interdictions, le renversement des rôles (aux Saturnales, l’esclave
devient maître et le maître sert l’esclave ; en Mésopotamie, à la fête du
nouvel an, on détrône et on humilie le vrai roi, on intronise un « roi
carnavalesque ») n’ont d’autre intention que d’abolir magiquement, dans la
transfiguration de la fête, l’ordre qu’on ne peut modifier réellement dans la
vie quotidienne.
Pour
que le citoyen puisse apparaître, pour que le dialogue réel entre l’homme et le
pouvoir puisse s’instaurer, il faut d’abord que le politique se détache du
sacré. (…) Pour que le politique puisse conquérir son autonomie, il faut que la
raison se détache du mythe et du dogme : l’apprentissage de la libre
discussion, l’accoutumance à la tolérance, la parfaite autonomie de l’esprit
qui prend pour objet tout ce qui est et peut être senti ou pensé sont les
conditions essentielles de l’existence du citoyen.
Toutes
les fois où un groupe particulier s’est cru autorisé à imposer la vérité et à
purger l’humanité de l’erreur, le monopole idéologique n’a été que le prélude
et le couronnement de l’asservissement de la collectivité. (…) Aussi le
caractère sacré, total et indiscutable de la « vérité » conférait-il
au groupe qui la détenait une position de commandement et de « monopole »
qui entraînait presque toujours la domination, le privilège et l’intolérance.
C’est
quand les hommes s’inquiètent de ne pas s’inquiéter que les libertés
individuelles ou collectives deviennent possibles. (…) Ainsi s’explique dans
une large mesure l’extraordinaire liberté d’esprit que l’on constate en Grèce
dès la fin des temps archaïques. Mais il a fallu assez longtemps pour que cette
liberté se développât et se clarifiât. Et une fois de plus, c’est le vieux
Polémos qui a été « le père de toutes choses ».
Rien
n’illustre mieux la transformation de la société grecque à partir du VIIème
siècle que le destin du mot diké (Δίκη). (…) Pendant deux
siècles, on entend cet appel passionné à la diké (la Justice humaine)
et de même que le mot hybris
(démesure) devient le mal par excellence, on forge un mot nouveau pour désigner
la vertu suprême : c’est dikaiosyné, « conformité à la
justice ».
Pour
la génération de Solon, diké désigne la seule force capable
de sauver la cité de la ruine (…) mais « ce sont les citoyens eux-mêmes
qui, dans leur folie, souhaitent la ruiner par cupidité ».
Un
demi-siècle après Solon, la cosmologie ionienne place la diké au centre de
l'univers. Dans le système d'Anaximandre, le cosmos tout entier apparaît comme
une cité où " les êtres se donnent mutuellement réparation et compensation
pour leur injustice, selon l'ordre du temps " : le mouvement éternel qui
tend à rétablir l'équilibre perpétuellement menacé par la lutte des contraires
et la pléonexia (πλεονεξία )(croissance des choses les unes
aux dépens des autres) existe non seulement dans la vie humaine, ainsi que le
pensait Solon, mais dans l'ensemble de l'univers. Comme dans la tragédie, le
juge est le temps et le devenir cosmique tout entier - la succession des
saisons, la naissance et la mort de tout ce qui existe - est interprété comme
une suite ordonnée de réparations et de compensations pour les transgressions
commises. La notion de diké se projette d'ailleurs non
seulement de la société sur l'univers, mais aussi sur l'individu : quelques
décennies après Anaximandre, le médecin pythagoricien Alcméon de Crotone
assimilera l'organisme à une cité où l'égalité des forces (isonomie - ἰσονομία)
correspond à la santé, la maladie étant due à la prépondérance monarchique d'un
des éléments sur les autres : l'idéal démocratique de l'isonomie (« règle d’égale
répartition ») s'érigeait ainsi en principe cosmique régulateur.
De
même que le domaine politique est désormais désigné par le terme
révolutionnaire s’il en fût de ta koina (« ce qui est commun à
tous »), de même que les lois sont désormais écrites pour être connues de
tous, de même les recherches et les théories sont désormais portées à la
connaissance de tous. (…) En même temps que la liberté d’adopter une position
personnelle et critique à l’égard de la tradition et de l’autorité naquit l’habitude
de la confrontation et l’obligation de se soumettre volontairement à la loi du logos
(λόγος). Le logos, instrument du débat public, prend alors un double sens.
Il est, d’une part, la parole, le
discours par lequel l’individu affirme sa liberté en public ; mais il est
aussi la raison qu’Héraclite, le premier philosophe du logos, définira comme « ce
qui est commun et divin ». « Le devoir, proclame-t-il, est de suivre
ce qui est commun ; toutefois, bien que le logos soit commun à tous,
la plupart des hommes vivent comme si chacun possédait son intelligence
particulière » (idia phronêsis).
Avec
son idéal de l’isonomie, la démocratie représente dans sa perfection l’espace
de l’égalité où le pouvoir, l’archè, est réparti également à
travers tout le domaine de la vie publique. (…) Cette liberté s’exprime
essentiellement par la parole. Dans
une polis (πόλις – cité) tout se décide par la persuasion (peithô – Πειθώ) et non par la violence. L’iségoria, droit égal à la
parole, sera synonyme d’isonomie et de liberté.
jeudi 7 juillet 2016
Carnet de citations - Poésie 5
KURT SCHWITTERS
« Combien
de belles "étoffes de mots et de rêves" aurait-il le temps de tisser,
avant que la froide main de la mort ne s'abatte sur lui ? Ce pari lui semblait
fastueux. Il écrivit avec la hâte du voyageur qui sent l'heure du départ
approcher. Et laissa, de fait, quelques beaux tissus de rêves et de mots. »
(Nakajima Atsushi)
« Je
crois te voir, ô Villon, l’hiver, alors que le glas fourre d’hermine les toits
des maisons, errer dans les rues de Paris, famélique, hagard, grelottant, en
arrêt devant les marchands de beuverie, caressant, de convoiteux regards, la
panse monacale des bouteilles.
Je crois te voir, exténué de fatigue, las de misère, te tapir dans un des repaires de la cour des Miracles, pour échapper aux archers du guet, et là, seul dans un coin, ouvrir, loin de tous, le merveilleux écrin de ton génie.
Quel magique ruissellement de pierres ! Quel étrange fourmillement de feux ! Quelles étonnantes cassures d’étoffes rudes et rousses ! Quelles folles striures de couleurs vives et mornes ! » (Huysmans)
Je crois te voir, exténué de fatigue, las de misère, te tapir dans un des repaires de la cour des Miracles, pour échapper aux archers du guet, et là, seul dans un coin, ouvrir, loin de tous, le merveilleux écrin de ton génie.
Quel magique ruissellement de pierres ! Quel étrange fourmillement de feux ! Quelles étonnantes cassures d’étoffes rudes et rousses ! Quelles folles striures de couleurs vives et mornes ! » (Huysmans)
« Je
ris et mon rire ne passe pas dedans
Je brûle et ma brûlure n'apparaît pas au dehors » (Machiavel)
Je brûle et ma brûlure n'apparaît pas au dehors » (Machiavel)
« La
grand'ville a le pavé chaud,
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle...
(Chant de guerre parisien - mai 1871 – Arthur Rimbaud)
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle...
(Chant de guerre parisien - mai 1871 – Arthur Rimbaud)
« Devrais-je
alors te parler des couleurs ? Il y a un bleu incroyable et très dense, il
revient tout le temps, un vert comme de l'émeraude fondue, un jaune qui tire
vers l'orangé. Mais que sont les couleurs si la vie la plus intime des objets
n'en jaillit pas ! » (Hofmannsthal)
« Car les
mots,
les plus beaux mots,
on ne les a pas vus soudain disparaître
comme les feuilles à l’automne.
Non, au contraire,
l’un après l’autre, on les a sourdement massacrés,
mais en leur laissant un semblant de vie,
cadavres prêts à servir d’habits neufs à l’horreur. » (Ivsic)
les plus beaux mots,
on ne les a pas vus soudain disparaître
comme les feuilles à l’automne.
Non, au contraire,
l’un après l’autre, on les a sourdement massacrés,
mais en leur laissant un semblant de vie,
cadavres prêts à servir d’habits neufs à l’horreur. » (Ivsic)
« J'aime
venir au "café", à la tombée du jour. Quelquefois, j'ai l'impression,
ou peut-être l'illusion, que ce rendez-vous est le lointain reflet de la Table
ronde de la légende. Comme s'il y avait eu depuis toujours quelques hommes à se
réunir dans la nuit du monde pour refuser le cours des choses. » (Ivsic)
« la
feuille
de l'eau
sur le rêve de l´herbe » (Radovan Ivsic)
de l'eau
sur le rêve de l´herbe » (Radovan Ivsic)
vendredi 10 juin 2016
CARNET DE CITATIONS -Psychologie, comportement humain 11
« Pourquoi
l'idiot a-t-il tant de titres qu'il en oublie le véritable, tant de charges
qu'il a le droit de les négliger toutes, tant de mérites extérieurs qu'il n'a
pas besoin d'en avoir à l'intérieur ? »
(Jean
Paul)
« Ils
ont tué notre confiance, ils ont fait naître dans notre cœur la bête fétide, la
puantise du doute. C'est bien cela l'ennemi: c'est celui dans lequel nous ne
croyons plus. Car les hommes vivent de confiance et ils meurent de doutes. »
(Léon-Paul Fargue)
« Dans
les faits, messieurs, vous ne disposez d'aucun idéal. A la maison, vous
méprisez vos parents, à l'école, vous méprisez vos professeurs, dès que vous
pénétrez dans la société, c'est pour mépriser les gentlemen. Éprouver du dédain
pour le monde entier est une attitude, une simple pose. Car pour être en mesure
d'afficher du mépris, il faut posséder un grand idéal. Si l'on ne nourrit pas
soi-même un idéal, mépriser les autres est une forme de déchéance. »
(Soseki)
« Personne
jusqu'ici ne s'est soucié de savoir qui pratique la psychanalyse. On s'en est
même beaucoup trop peu soucié; on n'était unanime que pour souhaiter que
personne ne l'exerçât, et les différentes raisons avancées se fondaient sur la
même aversion. (...) Par les termes de la loi, les nerveux sont des malades,
les profanes sont des non-médecins, la psychanalyse est une méthode visant la
guérison ou le soulagement des souffrances nerveuses, et tous les traitements
de cette espèce sont réservés aux médecins. (...) Il se présente cependant
certaines complications dont la loi ne se soucie pas, mais qui de ce fait même
exigent qu'on les prenne en considération.
Il apparaîtra peut-être en l'occurrence que les malades ne sont pas comme d'autres malades, que les profanes ne sont pas à proprement parler des profanes, et que les médecins ne sont pas exactement ce qu'on est en droit d'attendre de médecins, ce sur quoi justement ils fondent leurs prétentions. » (Freud)
Il apparaîtra peut-être en l'occurrence que les malades ne sont pas comme d'autres malades, que les profanes ne sont pas à proprement parler des profanes, et que les médecins ne sont pas exactement ce qu'on est en droit d'attendre de médecins, ce sur quoi justement ils fondent leurs prétentions. » (Freud)
« Cela
ne veut rien dire d'être exceptionnel par ce qui nous distingue de l'humanité,
car le seul critère de la grandeur réside dans la manière et la puissance de ce
que l'on partage avec l'humanité entière. » (Hofmannsthal)
« De
ses prunelles d'un bleu cendré, elle vous regardait avec beaucoup d'attention,
droit dans les yeux, mais ne vous fixait pas. Elle avait assez de maturité pour
percer au premier coup d’œil la valeur de ce qui était devant elle mais pour
n'en rien montrer, et quand elle riait, dansait dans ses yeux quelque chose de
mûr qu'épargnait la corruption. » (Takeshi Kaïkô)
« J'ignore
pourquoi ils sont aussi craintifs et peu sûrs d'eux, dit-il. Ils sont terrifiés
de tout ce qu'ils ne connaissent pas. Si quelque chose ne coïncide pas avec ce
qu'ils savent et croient, ils en concluent immédiatement que c'est mauvais et
que ce doit être traité avec la plus grande suspicion. » (Josipovici)
« La
peur du silence est la peur de la solitude, disait-il, et la peur de la
solitude est la peur du silence. Les gens ont peur du silence, disait-il, parce
qu'ils ont perdu la capacité à faire confiance au monde pour leur apporter le
renouveau. Pour eux le silence ne signifie que la reconnaissance d'avoir été
abandonnés. » (Josipovici)
« On
a consacré une littérature diverse et pléthorique à l'être humain sexuellement
insatisfait. Il est certain qu'il constitue un problème. Mais que représente ce
problème face à une autre insatisfaction, massive celle-là : l'insatisfaction
des hommes dans leur légitime aspiration à la reconnaissance et à l'autorité
sociale ? Qui s'étonnerait si cette insatisfaction avait des conséquences fort
coûteuses pour l'humanité ? » (Sperber)
mercredi 1 juin 2016
CARNET DE CITATIONS Société 17
« On sait
aujourd’hui que les idéologues n’ont d’autre souci que de parvenir à exercer ce
pouvoir sur la langue, en contrôlant la production du sens et du non-sens, en
conquérant brutalement ou insidieusement les terres en friche du langage. Mais
c’est aussi le propos de toute pensée dominante qui détruit inévitablement
l’équilibre organique de la langue pour un meilleur rendement idéologique tout
comme on n’hésite pas à détruire l’équilibre naturel d’une région pour un
meilleur rendement économique. » (Radovan Ivsic)
« C'est
d'ailleurs un trait caractéristique des scandales et des révélations : plus on
les dévoile et moins sérieuses en sont les conséquences. (...) On le constate
pour des choses aussi courantes que les ententes de cartels, les financements
biaisés de partis, les scandales aux subventions, le blanchiment d'argent, la
corruption et le trafic d'armes. Chaque mention de ce genre d'activités est
reçue sans ciller puis oubliée de la même façon.
Les scènes de torture dans l'enceinte d'Abou Ghraib, visibles en permanence sur YouTube, ont seulement conduit à ce que les soldats directement impliqués soient condamnés à des peines de prison -six mois ferme pour la photographe par exemple- sans que l'on inquiète les huiles du Pentagone. » (Enzensberger)
Les scènes de torture dans l'enceinte d'Abou Ghraib, visibles en permanence sur YouTube, ont seulement conduit à ce que les soldats directement impliqués soient condamnés à des peines de prison -six mois ferme pour la photographe par exemple- sans que l'on inquiète les huiles du Pentagone. » (Enzensberger)
« Chaque
détail du quotidien de ces ouvriers de l’électronique rappelle l’extrême
mesquinerie sur laquelle repose le grand capital : en particulier dans le
secteur manufacturier, les petites économies font les grandes fortunes. Les
réunions obligatoires de début et de fin de journée ne sont pas payées. Il est
interdit de parler à son voisin de chaîne et de lever la tête. La nourriture
est insipide et insuffisante. A l'usine Jabil de Wuxi, le recrutement est
payant à chaque étape, y compris la visite médicale, et dans les dortoirs,
l'eau potable n'est pas fournie. Sur tous ces sites, cancers, maladies
respiratoires et neurologiques sont légion, résultats de l'exposition aux
poussières d'aluminium, fluides de coupe et solvants. » (Jenny Chan)
« Celui
dont les mensonges ne trompent plus a perdu le droit de dire la vérité. »
(Bierce)
« Il
faudrait encore évoquer la part la plus éphémère de l'homme, celle qui de
toutes façons se perd à tout jamais avec sa mort : sa façon d'apparaître,
d'être là, de parler, de prendre les choses ou d'aborder les gens. »
(Péju)
« Parce que
dans une société où toutes les relations humaines sont condamnées à
l'abstraction, où il n'existe plus rien de concret, la philosophie,
désespérément, s'efforce de pénétrer ce concret, de l'invoquer, sans pourtant
nous tromper sur l'absurdité de l'existence mais sans non plus s'y laisser
engloutir. » (Adorno)
« Je vis
clairement alors quel peu de prix est accordé à l'homme en tant qu'homme, et
qu'il ne possède rien sur terre que ce qu'il a pu acheter ou obtenir de haute
lutte.
Oh !, avec quel rage amère je vis que mendiants, vagabonds et autres pauvres diables tels que moi se sont laissé dépouiller du droit de force. » (Bonaventura)
Oh !, avec quel rage amère je vis que mendiants, vagabonds et autres pauvres diables tels que moi se sont laissé dépouiller du droit de force. » (Bonaventura)
« La
responsabilité de ces événements incombe sans contredit à l'incurie de
l'administration policière. Qu'elle surveille mieux à l'avenir la composition
des lobes cérébraux de ses agents : qu'elle la vérifie au besoin par
trépanation avant toute nomination définitive ... » (Jarry)
« Rire de
ce rire-là, c'est aussi une façon de ne pas s'abandonner au désespoir. »
(Péju)
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